Stimulation électrique du cerveau pour maigrir : études et risques

Publié par la rédaction de RegimesMaigrir.com le 01/09/2014

La stimulation transcrânienne à courant continu est une nouvelle thérapie de choc proposée par des chercheurs pour mincir. Explications.

Consommer des protéines et laisser tomber les glucides, manger ce qu'on veut pendant 5 jours et jeuner les 2 autres jours, vivre avec des pamplemousses uniquement, n'absorber que la soupe aux choux... Beaucoup d'entre nous avons essayé d'innombrables méthodes minceur depuis que nous avons pris du poids, et toutes ces diètes souffrent d'un défaut fondamental : elles exigent de la volonté.

Mais que se passe-t-il si vous pouviez régler les paramètres de votre cerveau afin de toujours être capable de résister à la tentation ?


> Première étude menée en Allemagne

Des scientifiques de l'Université de Lübeck (Allemagne) se sont penchés sur la question. Dans leur étude (qui sera publiée prochainement dans la revue Appetite), un groupe de volontaires masculins, ayant reçu une dose de stimulation électrique légère au niveau de leur cerveau pendant 20 minutes chaque jour, ont consommé moins de nourriture au bout d'une semaine : 14% en moins par rapport à ce qu'ils ingéraient avant quotidiennement.

Il s'agit d'une baisse de consommation qui est importante quand vous imaginez ce que cela permet d'obtenir comme résultat de perte de poids au bout d'une année.

C'est un résultat qui a surpris même les chercheurs. "Je ne pensais pas que la réduction de l'apport calorique serait aussi élevée chez les participants", dit Kerstin Oltmanns, l'un des auteurs de l'étude.

Cette technique non-invasive s'appelle la stimulation transcrânienne à courant continu (STCC). Elle consiste à délivrer un courant électrique faible et indolore à une région spécifique du cerveau des participants. Cette zone précise s'appelle le cortex préfrontal dorsolatéral. Il s'agit d'une partie située à la surface extérieure du cerveau, à l'avant de la tête.

Les hommes volontaires ont été informés (les chercheurs ont omis intentionnellement d'indiquer le véritable objectif de leur étude) qu'ils prenaient part à une recherche sur les effets de la STCC sur l'humeur. Les participants recevaient un buffet à la fin de la session longue d'une semaine, comme un remerciement pour leurs efforts. Les participants ne savaient pas que le nombre de calories qu'ils consommaient était surveillé.

Dans cette étude, les sujets avaient tous un poids corporel normal (IMC situé dans l'intervalle dit "normal"), mais "l'étape suivante est de déterminer si le même résultat peut être obtenu avec les personnes obèses" selon Kerstin Oltmanns.

Le principe de base derrière la STCC est assez simple. Après qu'un courant électrique ait fait son chemin à travers le cuir chevelu, il affecte la région du cerveau située en dessous. Le courant est trop faible pour activer les cellules nerveuses (les neurones). Mais ce courant les met dans un état physiologique altéré, ce qui les rend plus ou moins susceptibles d'être activées (et de créer des synapses), selon le type de stimulation donnée.

Ce qui est plus difficile à comprendre est le mécanisme exact par lequel la stimulation cérébrale a réduit l'apport calorique des participants. Dans cette étude, les sujets ont déclaré que leur appétit a chuté, et Kerstin Oltmanns croit que la STCC est liée à cette perte d'appétit.

"Suivre un régime ne fonctionne pas sur le long terme. Dans l'absolu, si les gens réduisent suffisamment leur apport calorique, ils perdent du poids. Mais à long terme, ils reprendront ces kilos perdus dans les semaines ou mois après la fin du régime. Je pense que l'avantage de la STCC est que les gens n'ont plus assez d'appétit pour consommer plus de nourritures, donc ils n'ont aucun effort à faire pour suivre la diète à la lettre. Inconsciemment, ils perdent du poids. C'est une sorte de révolution", dit le chercheur.


> Seconde étude réalisée au Brésil

Une autre étude menée en parallèle (qui sera aussi publiée prochainement dans la revue Appetite) suggère que les effets amincissants censés être associés à la stimulation électrique du cerveau sont en fait obtenus parce que la STCC augmente notre volonté, notre capacité à résister à la tentation alimentaire, et pas tellement parce que cette stimulation supprime l'appétit.

Pour parvenir à cette conclusion, une autre équipe de chercheurs a mesuré l'activité électrique à l'intérieur du cerveau (à l'aide d'un électroencéphalogramme) des étudiantes habitant au Brésil.

Ces étudiantes regardaient des nourritures après avoir reçu une dose de 20 minutes de STCC. Puis ces mêmes femmes regardaient ces mêmes nourritures après avoir reçu une fausse dose de STCC (où les électrodes ont été ajustées à leur tête mais aucune stimulation électrique du cerveau a été donnée).

Tout comme dans l'étude de Kerstin Oltmanns, lorsque la STCC était activée (quand il y avait réellement une stimulation électrique du cerveau), le cortex préfrontal dorsolatéral était stimulé et les sujets finissaient par manger moins.

Mais cette fois, les scientifiques ont noté une tendance intéressante d'activité électrique à l'intérieur de la tête des participantes. Quand elles regardaient en premier la nourriture et quand leur cerveau était stimulé, il y avait moins d'activité électrique que quand il n'y avait pas de stimulation. Cela indique que moins de cellules nerveuses étaient actives.

Puis, juste quelques millisecondes plus tard, il y avait soudainement un regain d'activité dans leur cerveau stimulé, montrant qu'il y avait beaucoup plus de cellules nerveuses en train de s'activer.

Felipe Fregni, professeur associé à la Harvard Medical School, qui a participé à la recherche, a une théorie sur pourquoi cela s'est produit. "Les étudiantes ont ingéré moins de calories car elles pourraient prendre des décisions plus rationnelles," dit-il.

Le professeur Fregni dit que la STCC pourrait avoir déclenché l'activité dans la zone de cortex préfrontal (où la stimulation était appliquée et où elles effectuent des décisions rationnelles et réfléchies). A son tour, cette activité a rabattu le premier réflexe des étudiantes de vouloir manger quand elles ont vu de la nourriture.

Cela semble logique d'après les explications du professeur Fregni : le cortex préfrontal dorsolatéral est connu pour être une zone du cerveau qui nous permet d'inhiber la tentation.

Un scientifique place un dispositif de stimulation électrique sur le cerveau d'un homme


> L'avis des experts ayant déjà étudié la STCC

"C'est la partie du cerveau la plus développée chez les humains, et elle est liée à certaines des capacités les plus avancées que les humains disposent," dit Roi Cohen Kadosh, un neuropsychologue de l'Université d'Oxford (Royaume-Uni) qui est reconnu dans la recherche scientifique utilisant la stimulation transcrânienne à courant continu.

"Cette zone est impliquée dans l'apprentissage et la mémorisation active, et elle est fortement reliée à d'autres régions cérébrales, telles que celles qui sont impliquées dans les dépendances et les récompenses, or la nourriture est gratifiante." poursuit le neuropsychologue.

Roi Cohen Kadosh est célèbre dans la communauté scientifique notamment pour une étude publiée en 2010, où lui et son équipe ont montré qu'envoyer un courant électrique de faible intensité dans le lobe pariétal droit du cerveau - utilisé pour comprendre des nombres - permet de mieux mémoriser une suite de chiffres (donc d'améliorer les capacités à gérer les problèmes mathématiques des gens).

Au cours de la dernière décennie, il y a eu un regain d'intérêt pour la recherche sur la stimulation cérébrale dans les universités du monde entier. Certaines études montrent qu'elle pourrait aider les patients ayant souffert d'accident vasculaire cérébral à récupérer, et d'autres recherches ont montré qu'elle aiderait les pilotes de chasse à rester éveillés et concentrés pendant de longues périodes.

Un scientifique, Allan Snyder (de l'Université de Sydney en Australie), a même des ambitions de développer un "plafond de pensée" qui utilise la STCC pour booster la pensée créative.


> Combien de temps l'effet bénéfique durerait-il ?

Combien de temps les effets positifs de la stimulation cérébrale peuvent durer dépend de la régularité avec laquelle le cerveau est stimulé. "C'est un peu comme aller à la salle de sport", dit Cohen Kadosh. "Cela dépend si vous allez une fois, ou jour après jour."

> Cette technique est-elle vraiment dépourvue de dangers ?

Seules de petites quantités d'électricité sont utilisées lors de la STCC (un à deux milliampères). C'est moins que ce qui est nécessaire pour allumer une LED (diode électroluminescente) typique, et cette faible intensité électrique semble être assez sûre pour les humains.

"Mon laboratoire, à lui seul, a fait des recherches basées sur la STCC sur 700 sujets, et il n'y a pas eu d'effets indésirables", dit Cohen Kadosh.

Le chercheur a même essayé sur lui-même. "Vous ressentez une sensation de picotement sur votre cuir chevelu pendant environ 30 secondes, puis vous ne la sentez plus, comme vous vous êtes habitués à elle."


> Y a-t-il des risques à utiliser la STCC pour maigrir ?

Cohen Kadosh a des préoccupations au sujet de la stimulation cérébrale : "Si vous pensez que le cerveau a une capacité limitée, si vous déplacez des ressources à une région du cerveau en la stimulant, peut-être que cela peut se faire au détriment d'une autre région du cerveau ou endommager la capacité cognitive."

Il y a des preuves préliminaires que ce risque pourrait être réel. Dans l'une des nombreuses études réalisées par Cohen Kadosh, quand une stimulation électrique augmentait les capacités des volontaires à mémoriser une liste de symboles confectionnés qui représentait des nombres variables (par exemple : un trèfle est égal à 8, un coeur équivaut à 3), les personnes étudiées étaient moins capables de traiter ces chiffres (dans une autre tâche) que les volontaires qui avaient tenté de les mémoriser "naturellement" (sans aucune stimulation électrique du cerveau).

Les dispositifs de STCC utilisent une technologie très simple, et un bricoleur un brin débrouillard pourrait fabriquer son propre kit de STCC avec un fer à souder et 15 euros de matériels divers achetés dans des magasins de composants électroniques.

Des entreprises comme Foc.us fabriquent d'ailleurs des "casques" à base de STCC pour "optimiser les réflexes des joueurs de jeux-vidéo" ou pour "apprendre 20 à 40% plus vite, réduire la douleur, améliorer le bien-être, augmenter la vitalité ou réduire le stress".

Un casque de l'entreprise Focus censé booster les capacités cérébrales en utilisant la méthode STCC


Toutefois, Cohen Kadosh et d'autres chercheurs en STCC avertissent que l'utilisation de cette technique de stimulation n'est pas du tout conseillée à la maison (que ce soit avec un kit bricolé ou un appareil acheté sur Internet). Lisez aussi notre article sur les méthodes minceur extrême en cliquant ici.

"Il y a beaucoup d'excitation à propos de la stimulation transcrânienne à courant continu, mais il y a aussi beaucoup de choses que nous scientifiques devons admettre que nous ne savons pas à ce stade. Nous avons besoin de recherches plus approfondies pour connaître les implications possibles. Nous ne sommes pas au stade où les gens peuvent vraiment rentrer à la maison et brancher leur cerveau pour améliorer son fonctionnement. Cela peut arriver à l'avenir." dit Cohen Kadosh.

N'oublions pas que les résultats positifs décrits plus haut ont été obtenus dans un environnement contrôlé, que la stimulation ne durait pas plus de 20 minutes à chaque fois, et qu'elle eut lieu uniquement sur des participants qui ont réussi des examens médicaux stricts.

Cohen Kadosh craint notamment que des régions cérébrales différentes de celles visées par la stimulation puissent être affectées, et que dans certains cas, la stimulation puisse dérégler plutôt que d'améliorer le fonctionnement cérébral si la polarité de la stimulation est inversée. Le scientifique insiste : "Pour que la STCC puisse vous être utile, il faut que vous sachiez quelle durée stimuler, à quel moment le faire, et quelle intensité utiliser. Ce n'est pas aussi simple que cela puisse paraître !"

Le chercheur Nick Davis de l'Université de Swansea (Royaume-Uni) réclame du calme et de la prudence devant l'engouement pour ces dispositifs commerciaux stimulants, si vous comptez développer votre cerveau avec eux, à cause des risques méconnus (qui pourraient inclure des convulsions ou des sauts d'humeur voire des brûlures du scalp).

Nick Davis explique que parce que le cerveau continue à se développer jusqu'à l'âge de 20 ans, la stimulation électrique dans ce groupe d'âge aurait un impact plus fort (donc des risques inconnus supérieurs). Il réclame une meilleure réglementation pour contrôler la vente de ce type d'appareil dans le commerce.


> Conclusion

En d'autres termes, il se peut que les humains doivent attendre bien longtemps avant de pouvoir commencer à utiliser réellement la stimulation électrique du cerveau pour perdre du poids.

De toutes les façons, il y aurait besoin d'innombrables essais cliniques validés avant qu'une telle thérapie de choc puisse être autorisée comme un traitement officiel contre la surcharge pondérale.

Il y a certainement un mouvement positif dans cette direction. La Food and Drug Administration (FDA, "Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux") recrute actuellement des participants pour un essai clinique. En attendant, le mieux pour vous consiste à rester loin des grignotages et autres tentations alimentaires, tout simplement.


Êtes-vous prêts à utiliser une thérapie à base de stimulation électrique du cerveau pour maigrir ? Lisez les commentaires ou donnez votre avis plus bas sur cette page. Si vous avez aimé cet article, merci de le recommander sur Facebook, de le tweeter, de lui donner un vote +1 sur Google Plus.

> COMMENTAIRES / TÉMOIGNAGES (cliquez ici pour rédiger votre commentaire)
Il n'y a pas encore de réaction. N'hésitez pas à en rédiger une en utilisant le formulaire ci-dessous.
Champs obligatoires : "Nom" et "Texte"
* Nom / Pseudo :
Adresse e-mail :
Cacher l'adresse e-mail (décochez si vous souhaitez qu'on puisse vous répondre)

* Texte :

> Articles en rapport

Recevez gratuitement notre newsletter :