Paradoxe français : explications potentielles du French paradox

Publié par la rédaction de RegimesMaigrir.com le 06/10/2012

Il s'agit d'un paradoxe alimentaire qui a fait beaucoup jaser outre-Atlantique, et dont la validité est doutée par certains experts.

Le paradoxe français est une observation faite par les anglophones et diététiciens sur le fait que les français semblent souffrir relativement peu de cardiopathies coronariennes malgré une alimentation assez riche en graisses saturées. Cette expression fût inventée en 1986 par l'Office international de la vigne et du vin.

Rappelons qu'un paradoxe est une affirmation opposée à la pensée courante ou à la cohérence, qui comporte ou entraîne une invraisemblance. Ce qui est paradoxal ici l'est pour les anglophones, d'où la présence du terme "français" dans l'expression.

Quand la description de ce paradoxe a été évoquée dans des émissions célèbres (comme "60 minutes") aux Etats-Unis en 1991, avec la spéculation que le vin rouge diminue l'incidence des maladies cardiaques, la consommation de vin rouge a augmenté de 44% et certains établissements vinicoles ont commencé à faire du lobbying pour obtenir le droit d'étiquetter leurs produits "aliment santé". Découvrez également des invraisemblances liées aux régimes amaigrissants (et qui ont malgré tout du sens) en cliquant ici.

Les auteurs d'une revue d'études alimentaires ont alors conclu qu'il n'existe pas suffisamment de preuves pour établir un lien de causalité entre la consommation de graisses saturées et le risque de coronaropathie.

Selon les données de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, le Français moyen consommait environ 108 grammes par jour de graisse en provenance de sources animales en 2002, tandis que l'Américain moyen n'en consommait que 72.

Le Français mange 4 fois plus de beurre, 60% de fromage en plus, et presque 3 fois plus de porc. Bien que les Français mange légèrement plus de graisse au total (171 grammes par jour contre 157 chez les américain), ils consomment beaucoup plus de graisse saturée parce les américains consomment une bien plus grande proportion de graisse sous forme d'huiles végétales (dont la plus grande partie est l'huile de soja).

Cependant, selon des données de la Fondation Britannique du Coeur, en 1999, le taux de mortalité due à la cardiopathie coronarienne (crise cardiaque, angine de poitrine, etc.) chez les hommes âgés entre 35 et 74 ans était de 115 pour 100 000 aux Etats-Unis contre seulement 83 pour 100 000 en France. Découvrez par la même occasion vingt aliments capables d'aider un débouchage artériel donc à réduire le risque de cardiopathie.


> Quel rôle joue le vin dans le French paradox ?


1) L'alcool dans le vin
Il a été suggéré que la forte consommation du vin rouge en France est un facteur primordial dans cette tendance. Cette hypothèse a été exposée dans un numéro de la très célèbre émission d'information américaine "60 minutes", diffusé en 1991.

Les ventes de vin rouge explosaient après la mention du paradoxe français dans la célèbre émission 60 minutes en 1991
L'émission catalysait une forte augmentation de la demande en Amérique du Nord pour les vins rouges du monde entier. Diverses études scientifiques suggèrent que l'un des composants du vin rouge lié à cet effet est le resvératrol (un antioxydant).

Cependant, les auteurs d'une étude publiée en 2003 ont conclu que la quantité de resvératrol absorbée par les buveurs de vin rouge est un peu faible pour prétendre pouvoir expliquer le paradoxe français.

La recherche scientifique suggère que les buveurs d'alcool (avec modération) ont moins de risque de souffrir de crises cardiaques que ceux qui n'en boivent pas ou que les gros buveurs. Donc, l'alcool contenu dans le vin (consommé modérément il convient de rappeler) pourrait être un facteur non négligeable dans le French paradox.

Cependant, la différence entre la consommation annuelle par habitant américaine (8,6 litres par année, L/an) et française (11,4 L/an) est "seulement" de 2,8 L/an en plus.

La consommation d'alcool en France est même plus faible que celle du Luxembourg (15,6 L/an), de la Hongrie (13,6 L/an), de la République Tchèque (13 L/an), de la Croatie (12,3 L/an) et de l'Allemagne (12 L/an). Et pourtant, les chercheurs n'ont pas observé un paradoxe similaire dans ces pays.

Il y a un manque de consensus médical pour savoir laquelle entre une consommation modérée de bières, de vins ou de boissons spiritueuses présente un lien plus étroit avec la longévité. Lisez nos conseils pour réduire la teneur calorique des boissons alcoolisées souvent bues en été.

Sur dix grandes études, trois ont trouvé des preuves solides pour le vin, trois autres pour la bière, encore trois autres pour les boissons spiritueuses (boissons alcoolisées fabriquées par distillation, macération ou infusion de matières premières agricoles). Et une étude n'a trouvé aucune différence entre les boissons alcoolisées.


2) L'antioxydant resvératrol
Les vins, surtout les vins rouges, sont une source de resvératrol en quantités faibles. Plusieurs études ont montré que la consommation de fortes doses de cet antioxydant est liée à une meilleure longévité et à une prévention du cancer chez diverses espèces (en plus d'éventuellement aider à garder la ligne).

Une étude de 2008 a montré que prendre des doses élevées de resvératrol (un constituant du vin rouge) permet de reproduire quelques uns des avantages d'une restriction calorique (y compris des effets du vieillissement moins prononcés) chez les souris de laboratoire.


3) Les procyanidines et les polyphénols
Bien que les approfondissements scientifiques sont en cours sur le resvératrol, la présence de cet antioxydant dans le vin paraît insuffisamment haute pour déchiffrer le paradoxe français.

Le professeur Roger Corder et son équipe ont identifié un groupe particulier de polyphénols, connu sous le nom de "procyanidines oligomériques". D'après ces chercheurs, ce groupe offre le plus haut degré de protection pour les cellules des vaisseaux sanguins.

Des tests menés sur 165 vins ont montré que les procyanidines oligomériques se trouvent en plus grande concentration dans les vins rouges européens en provenance de certaines régions (qui est en corrélation avec la longévité dans ces mêmes régions). Les taux de procyanidines les plus élevés se trouvent dans les vins issus du cépage Tannat, cultivés dans la région du Gers (sud-ouest de la France).

Contrairement au resvératrol, les procyanidines sont présents dans le vin dans des quantités qui semblent assez élevées pour être significatif.

Les procyanidines sont des polyphénols flavonoïdes les plus abondants dans le vin rouge, jusqu'à 1 gramme par litre se trouve dans certains vins rouges de style traditionnel. Des essais cliniques effectués sur des extraits de pépins de raisin ont montré qu'absorber 200 à 300 mg de procyanidine par jour permet de réduire la tension artérielle.

Boire deux petits verres (de 12,5 cl) de vin rouge riche en procyanidines chaque jour, comme un vin de Madiran (du sud-ouest de la France), peut apporter cette quantité. Cependant, plus de 200 mg de procyanidine peuvent aussi être consommés en mangeant une pomme rouge "Red Delicious" (un cultivar de pommier domestique).

D'autres recherches suggèrent que les polyphénols dans le vin réduisent l'absorption de malondialdéhyde (un composé chimique présent à l'état naturel dans les tissus du corps, manifestant le stress oxydant). Le malondialdéhyde est impliqué dans l'artériosclérose (un phénomène physiologique de vieillissement des artères), le cancer, le diabète et d'autres maladies.


> Comparaisons de l'alimentation américaine avec l'alimentation française

Selon le doctorant Will Clower, auteur du best-seller "The Fat Fallacy" (qui se traduit par "Le faux raisonnement sur la graisse : application de l'alimentation française au mode de vie américain"), le French paradox pourrait être éclairci par quelques facteurs clés, à savoir :
  • Les bonnes graisses contre les mauvaises graisses : les Français obtiennent jusqu'à 80% de leurs apports graisseux à partir des produits laitiers et des sources végétales (y compris le lait entier, les fromages, les yaourts au lait entier).
  • Des quantités supérieures de poissons (3 fois par semaine au minimum).
  • De plus petites portions, mangées plus lentement et réparties en plusieurs petits repas pour laisser l'organisme commencer à digérer avant que davantage de nourriture ne soit ingérée.
  • Un apport de sucre plus faible que beaucoup de pays : les nourritures allégées ou sans matières grasse vendues aux Etats-Unis contiennent souvent de fortes concentrations de sucre. L'alimentation française typique évite ces produits en préférant des versions plus riches en matières grasses sans sucre ajouté.
  • Moins de grignotages entre les repas.
  • Faible consommation de produits alimentaires caloriques couramment vendus aux Etats-Unis (capables de contribuer à l'obésité rampante dans ce pays) : sodas, aliments frits, grignotages caloriques, nourritures spécialement préparées. Ces produits représentent généralement une part importante des nourritures en vente dans les épiceries américaines.


Will Clower a tendance à minimiser l'importance des croyances communes que la consommation de vin et le tabagisme sont en grande partie responsables du paradoxe français. Pour rappel, une grande partie des fumeurs prennent du poids quand ils arrêtent de fumer (et voici les raisons).

L'alimentation française a tendance à amener les américains à perdre du poids ne serait-ce que dans le cadre d'une visite touristique, même s'ils ne buvaient pas de vin. Et bien qu'un plus grand pourcentage de Français fument, ce n'est pas bien supérieur aux Américains (35% en France contre 25% aux Etats-Unis) et a peu de chances d'expliquer la différence de poids corporel entre les deux pays.


Mireille Guiliano, l'auteure du best-seller "French Women Don't Get Fat" (livre traduit en français par le titre "Ces Françaises qui ne grossissent pas : Comment font-elles ?"), reconnaît que les différences de poids entre les deux nations ne sont pas dues au tabagisme en France. Elle fait remarquer que les taux de tabagisme sont pratiquement identiques chez les femmes en France et aux Etats-Unis.

Selon Mireille Guiliano, les facteurs clés qui permettent aux Françaises de rester minces sont :


Dans son livre "Le cholestérol et le French paradox", le naturopathe Frank Cooper soutient que cette sorte de contresens est due à la faible présence de graisses hydrogénées et trans dans l'alimentation française.

Cette dernière est fondée sur des graisses saturées naturelles telles que le beurre, le fromage, la crème, que le corps humain trouve faciles à métaboliser, parce qu'elles sont riches en acides gras saturés plus courts (allant de l'acide butyrique 4 atomes de carbone à l'acide palmitique 16 atomes de carbone).

Mais l'alimentation américaine inclut des quantités supérieures de graisses saturées fabriquées par une hydrogénation des huiles végétales qui comprennent des acides 18 et 20 atomes de carbone. En outre, ces graisses hydrogénées comprennent de petites quantités de graisses trans qui peuvent avoir des risques sanitaires associés.


> L'hypothèse de décalage dans le temps

Cette hypothèse dit que s'il y avait un retard dans l'augmentation des concentrations de cholestérol sérique, et une augmentation subséquente de la mortalité par cardiopathie ischémique, alors le taux de mortalité par maladie actuel se rapporterait aux niveaux passés de cholestérol sérique et de consommation de graisse bien plus qu'aux niveaux actuels.

Les professeurs Law et Wald (1999) utilisaient l'étude de Criqui et Ringel (1994) menée sur l'alcool et l'alimentation pour expliquer le French paradox. En analysant les données passées et récentes de cholestérol sérique et de consommation de graisse (quand les données plus antérieures étaient saisies et les ajustements effectués pour la sous-certification de maladie coronarienne), ils ont constaté que la France s'inscrit dans la tendance des autres pays avec un taux de cholestérol et de lipides similaires.

En outre, la prédiction de données récentes pour le taux de mortalité par maladie coronarienne a montré que celui de la France était similaire à celui d'autres pays.


> Alimentation complète

Dans le livre "En défense de la nourriture", l'américain Michael Pollan (auteur, journaliste et professeur de journalisme) suggère que l'explication ne se trouve pas dans un nutriment unique, mais dans la combinaison des nutriments présents dans les nourritures non transformées.

Pour lui, ce n'est donc pas un macronutriment en particulier qui fait la loi (pas la quantité de glucides ou de lipides ou de protéines), mais la longueur et la largeur des nutriments présents dans les nourritures "naturelles" par opposition aux "nourritures transformées" (ayant subi une transformation alimentaire).

Le gouvernement français a adopté un programme prénatal agressif depuis la guerre franco-prussienne afin de fournir des nourritures de haute qualité aux femmes enceintes et aux jeunes enfants. Ce programme a produit un impact profond sur la programmation épigénétique, au cours de plusieurs générations, en France ; et pourrait expliquer pourquoi l'obésité et les profils de maladies cardiaques y sont différents.


> Une validité remise en question par certains chercheurs

Néanmoins, les causes médicales du paradoxe français ne sont pas encore tout à fait claires et la recherche scientifique continue pour éclaircir les zones d'ombre.

Pendant ce temps, certains chercheurs ont mis en doute la validité de ce paradoxe, surtout le lien entre la consommation de graisse saturée naturelle et les maladies cardiovasculaires.

Ce point de vue a récemment reçu un large soutien à travers les résultats de l'Étude sur la Santé des Infirmières ("Nurses' Health Study"), menée dans le cadre de la très grande recherche "Women's Health Initiative" (initiée par les Institus Nationaux de la Santé des Etats-Unis en 1991, réalisée pendant plus de 15 ans sur plus de 160 000 femmes post-ménopausées âgées entre 50 et 79 ans).

L'étude sur la santé des infirmières avait permis d'accumuler des données pendant 8 années sur l'alimentation et la santé de 49 000 américaines post-ménopausées.

Les chercheurs avaient trouvé que l'équilibre des graisses saturées contre celles qui sont insaturées n'affecte pas le risque de maladies du coeur, tandis que la consommation de graisse trans provoque une augmentation significative du risque de maladies cardiovasculaires.


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